Travailleuse sociale, organisatrice communautaire, militante pour le droit au logement, défenseure de l’environnement et l’une des leaders citoyennes les plus influentes de Montréal.
Lucia Kowaluk était une travailleuse sociale et une activiste communautaire de longue date. Elle a contribué à renforcer les mouvements citoyens et à promouvoir des initiatives ancrées dans l’équité, la démocratie locale et le bien-être des communautés. Elle est surtout connue pour son rôle déterminant dans la création de la Communauté Milton-Parc, un des plus grands projets de logement communautaire en Amérique du nord, fondé en 1979 suite à une décennie de mobilisation contre une compagnie immobilière.
Lucia a aussi fait campagne pour la préservation d’espaces verts et de sites patrimoniaux, et a été impliquée dans des mobilisations pour la paix et dans des maisons d’édition militantes. Elle a cofondé de nombreuses organisations, dont le Centre d’écologie urbaine, Héritage Montréal, et le centre interculturel Strathearn. En tant que travailleuse sociale, elle a fondé plusieurs organismes de soutien dont un centre de jour dans l’Église unie St-James et le projet de logement social Chambreclerc, et a occupé le poste de directrice du refuge pour sans-abri St. Michael’s Mission. Elle est admirée pour sa ténacité ainsi que pour sa grande humanité
Lucia a obtenu l’Ordre du Canada en 2013 et a été nommée chevalière de l’Ordre national du Québec en 2015. Elle est aussi la première récipiendaire du prix Thérèse-Daviau de la Ville de Montréal (2004). Son héritage demeure une source d’inspiration pour nous tous-tes.
Lucia croyait qu'un changement durable naît de la collaboration entre citoyens ordinaires. Tout au long de sa vie, elle a encouragé la participation à l'échelle du quartier, la prise de décision démocratique, la responsabilité environnementale et l'inclusion sociale. Chacune des campagnes auxquelles elle a pris part reflétait ces mêmes valeurs : faire passer les gens avant le profit et veiller à ce que les villes demeurent des lieux où chacun peut s'épanouir.
« Elle est une leader, mais elle est leader tout en faisant partie du groupe et en entraînant les autres avec elle »
En 1968, la société immobilière Concordia Estates révèle son projet La Cité. Après avoir acquis, à partir de 1958, plus de 90% des terrains de Milton-Parc, la compagnie cherche à démolir les maisons victoriennes pour y construire un grand ensemble “moderne”.
Face à ce projet, plusieurs actions citoyennes ont été mises en place, notamment la création du Comité citoyen Milton Parc (CCMP). Malgré les efforts de mobilisation, la première phase du projet immobilier s’amorce en 1973.
Le Comité Citoyen Milton-Parc (CCMP), organise plusieurs assemblées citoyennes mais tarde à poser des actions concrètes. « Lucia Kowaluk et son conjoint, Dimitri Roussopoulos, récemment déménagés dans le quartier, prennent le relais et donnent au CCMP un second souffle qui le pousse à des actions concrètes : manifestations, occupation des bureaux de Concordia Estates, grève de la faim, etc. […] Cette opposition citoyenne met à mal le projet La Cité qui voit son financement s’étioler. » - Émilie Girard
Ces contestations citoyennes, combinées à l’augmentation des coûts de construction liée à la crise pétrolière et aux pertes enregistrées par la Concordia Estates, font que le projet «La Cité Concordia» est abandonné en 1976. Il s’agit d’une occasion majeure pour les résident.e.s de reprendre en main leur quartier.
Avec le leadership de Lucia ainsi que d’autres activistes du quartier, les résident.e.s forment le Syndicat de copropriété Communauté Milton-Parc en 1979 et achètent les résidences non démolies pour en former des coopératives d’habitation. Aujourd’hui, cet ensemble représente près de 146 bâtiments à caractère patrimonial, 616 logements et 1300 personnes, l’une des plus grandes coopératives de logement en Amérique du Nord.
« Qu'est-ce qui permet à un mouvement ou à une cause de survivre? Comment garder des idées vivantes sans soutien apparent? Comment les visions peuvent-elles demeurer présentes dans un contexte d'indifférence et d'indolence? Il faut que quelqu'un se souvienne, croye en cette vision, en parle, informe et entretienne la flamme.
Dans Milton-Parc, cette personne c'était Lucia Kowaluk. Une fois le procès terminé, alors que d'autres étaient à bout de ressources, Lucia Kowaluk s'impliqua plus que jamais. Elle refusait de considérer le CCMP comme une chose du passé.»
En 1987, la Ville de Montréal annonce la démolition de l’îlot Overdale dans le centre-ville de Montréal, une série de maisons victoriennes dont celle où vivait autrefois Louis-Hippolyte Lafontaine, pour faire place à des logements de luxe. Lucia a milité avec les résidents locaux pour empêcher la destruction des maisons, tirant de son expérience à Milton-Parc pour appuyer cette lutte.
À la suite d’une succession d’actions radicales, à l’éviction musclée des locataires, on assiste à la démolition de la grande majorité des édifices, laissant place à un vaste stationnement jusqu’à ce que le site soit réaménagé en immeubles d’habitation trente ans plus tard.
« Malgré la défaite, la résistance des locataires de l’îlot Overdale a servi et sert encore d’inspiration pour les luttes menées sur l’enjeu de l’habitation. »
Des suites de la démolition de la Maison Van Horne en 1973, Lucia participe à la création de Sauvons Montréal, un organisme dénonçant les lacunes dans la gestion et la planification des immeubles et ensembles patrimoniaux par l’administration municipale montréalaise.
En 1975, Lucia participe aussi à la fondation de l’organisme Héritage Montréal pour continuer de faire avancer la protection patrimoniale et la reconnaissance des communautés qui gardent vivant celui-ci.
« Elle a amélioré la vie de tellement de montréalais.e.s en besoin, que ce soit en aidant à améliorer leur situation de logement, en créant un refuge digne et accueillant pour eux ou en promouvant les comportements écologiques. En même temps, par son exemple, elle inspire les futures générations de travailleurs sociaux, d’activistes communautaires et de citoyens de tous les jours. »
Lucia a aussi participé à la fondation du Centre d’écologie urbaine de Montréal en 1996, afin de promouvoir le développement durable et démocratique de la ville.
« Depuis sa fondation, les valeurs de Mme Kowaluk sont l’essence même de la mission du CEUM, car elle croyait fermement en la capacité des citoyens à transformer leurs milieux de vie de manière durable et équitable. En plus d’être membre fondatrice, Mme Kowaluk a coordonné le CEUM pendant huit ans. (Matthew Chapman, 2021) »
Lucia a milité pour que les locaux de l’Hôtel-Dieu, dont le sort demeure incertain encore aujourd’hui, servent à créer des logements communautaires et des espaces pour les organismes sociaux.
Cette démarche a abouti, en 2017, par l’achat de la portion du site des Religieuses hospitalières par la Ville de Montréal, qui sert aujourd’hui d’espace de bureaux et de rencontre pour de nombreux organismes à but non lucratif. Puis en 2019, une proposition complète de redéveloppement du site de l’Hôtel-Dieu est créé par la Communauté Saint-Urbain, un regroupement des citoyens et des organismes communautaires du secteur militant pour la requalification et la protection de ce site patrimonial.
Lucia Kowaluk a été nommée membre de l’Ordre du Canada en reconnaissance de son engagement de toute une vie en faveur de la justice sociale, du logement abordable, de la préservation du patrimoine et de l’écologie urbaine. Cette distinction honore sa contribution exceptionnelle à l’amélioration de la qualité de vie des Canadiens grâce à son leadership au sein de la communauté.
Le gouvernement du Québec a nommé Lucia chevalière de l'Ordre du Québec en reconnaissance de sa contribution exceptionnelle au développement communautaire, au logement social, à la protection de l'environnement et à la préservation du patrimoine montréalais.
Lucia est devenue la première lauréate du prix Thérèse-Daviau de la Ville de Montréal, qui récompense plus de quarante années d'engagement en faveur du développement communautaire, de la justice sociale, de la participation citoyenne et de la préservation de l'environnement.
Le parc Lucia-Kowaluk est situé sur l’avenue Parc, entre les rues Pine et Léo Pariseau. Doté d’une placette publique, d’espaces verts et d’arbres, c’est un lieu de rassemblement important pour la communauté et un espace vert indispensable.
Aujourd’hui un parc, cet espace a été zoné pour une autoroute et le logement pendant des décennies. Au début des années 2000, la Ville a tenté de revendre le terrain pour y construire des tours d’appartements, ce qui a suscité une grande résistance de la communauté et ultimement les projets ont été annulés. En 2019, le Comité des citoyens de Milton Parc (CCMP) a lancé une campagne pour protéger le parc une fois pour toutes, recueillant plus de 1 100 signatures pour une pétition soumise au conseil d’arrondissement. Grâce à cette pétition, l’espace a été re-zoné en parc et a été rebaptisé en l’honneur de Lucia. En septembre 2020, le parc Lucia Kowaluk a été inauguré, et au cours des années suivantes, le parc a été rénové et de nouveaux arbres ont été plantés.
Lucia croyait que les citoyens ordinaires ont le pouvoir de transformer leurs communautés. Son œuvre perdure à travers les organisations qu'elle a contribué à créer, les communautés qu'elle a renforcées et les innombrables personnes inspirées par son exemple.
Aujourd'hui, la Communauté Milton-Parc demeure un modèle international d'habitat coopératif, tandis que les organisations qu'elle a contribué à créer continuent de préserver le patrimoine, de promouvoir des villes durables et de défendre la justice sociale à travers Montréal.
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